Innover pour survivre, voilà la dure loi à laquelle sont confrontées toutes les entreprises. Mais comment innover?
Faut-il explorer de nouvelles opportunités ou exploiter les acquis existants en les enrichissant? Ce « dilemme exploration-exploitation » (théorisé par March en 19911) nécessite de faire un choix stratégique entre un risque d’instabilité causé par trop d’exploration ou un risque de stagnation en s’acharnant à moderniser des assets qui sont déjà en phase de maturité.
Cette stratégie doit être définie sur la base de la vision de l’innovation qu’a su développer votre entreprise, qui dépend des champs de force en présence entre les différentes ressources disponibles:
- l’expertise: selon que vos sachants sont concentrés sur les solutions existantes ou ouverts aux technologies émergentes, qu’ils sont rassurés à faire grandir leur zone de confort ou excités à découvrir de nouvelles alternatives, qu’ils aient l’attrait du développement ou le goût de la recherche, la pression technologique s’exercera de manière différente sur la vision de l’entreprise. Faut-il que votre stratégie dépende de l’envie de vos experts?
« L’enthousiasme est à la base de tout progrès ».
Henry Ford
- la gestion: Innover, c’est accepter d’entrer dans un processus inductif, basé en partie sur l’essai et l’erreur, et donc une prise de risque financier et managérial. Financier, car le ROI attendu n’est jamais assuré alors que l’investissement est souvent mieux connu (et potentiellement sous-estimé). Managérial, car innover nécessite de croire en un nouveau produit et de pouvoir prendre et assumer la responsabilité de consacrer des ressources, du temps et de l’argent sans certitude d’aboutir. Votre entreprise a-t-elle développé une culture du risque permettant la prise d’initiative?
« Une entreprise qui ne sait faire que de l’argent… est une entreprise pauvre. »
Henry Ford
- le marché: Evidemment, une innovation réussie n’a pas sa place dans un tiroir et doit trouver son public et donc son CA. La traction de l’innovation par le marché est rassurante, mais cette approche pousse plutôt vers une stratégie d’exploitation car vos clients ne sauront pas forcément vous exprimer clairement un besoin de rupture. Une grande partie des principales disruptions technologiques récentes (le Web par exemple) ne viennent pas d’une demande du marché, mais de la création de quelque chose que personne n’attendait mais qui s’est finalement imposé comme une évidence. Avez-vous mis en place une intimité avec votre marché pour comprendre ce qu’ils attend… et pourrait attendre?
« Si j’avais demandé aux gens ce qu’ils voulaient, ils m’auraient répondu des chevaux plus rapides ».
Henry Ford
Comme toujours, la bonne solution est de mettre en place une solution hybride en mettant en œuvre une démarche d’exploration pour rester à la pointe et d’exploitation pour consolider sa position sur le marché et tirer le meilleur parti de ses actifs.
Bien qu’évidente, cette approche n’est pas pour autant simple pour l’entreprise, car elle nécessite de cultiver en parallèle et sans les opposer 2 états d’esprit distincts, au sein de ses experts, dans sa culture managériale et dans sa relation au marché.
La transformation digitale nécessite une culture d’entreprise agile et adaptable, s’appuyant sur des équipes motivées et partageant une même vision de ce que l’entreprise veut, peut et doit apporter à ses clients dans une démarche rentable.
- March J.G. (1991), « Exploration and Exploitation in Organizational Learning », Organization Science, Vol. 2, Iss. 1, pp. 71-87 ↩︎

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